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I WOULD DIE FOR YOU [yamsha23.tumblr.com] ♥

Theme by Hannah.

Officiellement la guerre du Golfe est terminée. Le Koweït n’est plus occupé. l’Irak est en grande partie détruit. Et les morts sont enterrés. Pas tous. Les occidentaux ont compté leurs morts et les ont rapatriés. En partant, ils ont laissé derrière eux des milliers de victimes. On ne saura peut-être jamais combien les tonnes des bombes larguées sur l’Irak ont tué de personnes, civiles et militaires. Ce sont ces corps anonymes, ces corps calcinés et dont on a vu brièvement des images à la télévisions, à qui ce texte voudrait rendre hommage. Il voudrait leur donner des noms et les inscrire sur une stèle pour le souvenir. Sans haine. Avec dignité. Jetés dans la fosse commune, ils feraient une sorte de visage anonyme qui contiendrait et rappellerait tous les absents.
Il faillait laver les mots, arracher l’herbe rouge qui scintille. Il fallait ciseler les images dans une mémoire récente et en même temps très vielle. Elles sont souvent nues et ont subi plusieurs déplacements. Elles ont voyagé, traversé les siècles et continuent de chercher asile entre l’émotion et la pudeur.
Chaque guerre laisse derrière elle des restes. Celle du Golfe en a laissé beaucoup. Et le monde, la conscience du monde on déjà les yeux posés ailleurs. C’est une question de routine. Le monde des puissants – les États-Unis d’Amérique et leurs alliés - a pris l’habitude de se laver les mains et de rassurer sa conscience après avoir provoqué morts et destructions. Il rejoint en toute sérénité la logique du fossoyeur après avoir proclamé « la logique de guerre».
Une fois qu’on a tiré une couverture de sable et de cendre sur des milliers de corps anonymes, on cultive l’oubli.
Alors la poésie se soulève. Par nécessité. Elle se fait parole urgente dans le désordre où la dignité de l’être est piétinée.
Mais les morts restent pâles quand la blessure est profonde, quand le chaos programmé est brutal et irréversible. Contre cela les mots. Et qu’y peuvent-ils?
Entre le silence meurtri et le balbutiement désespéré, la poésie s’entête à dire. Le poète crie ou murmure; il sait que se taire pourrait ressembler à un délit, un crime.

Il est une douleur millénaire qui rend notre souffle dérisoire. Le poète est celui qui risque les mots. Il les dépose pour pouvoir respirer. Cela ne rend pas ses nuits plus paisibles.
Nommer la blessure, redonner un nom au visage annulé par la flamme, dire, faire et défaire les rives du silence, voilà ce que lui dicte sa conscience. Il doit cerner l’impuissance de la parole face à l’extrême brutalité de l’histoire, face à la détresse de ceux qui n’ont plus rien, pas même la raison pour survivre et oublier.

Demain, des hommes, galons sur l’épaule, médailles sur la poitrine, un béret de général ou de maréchal, se réuniront devant un carte. Calment, froidement, ils décideront d’avancer leurs troupes ici, ou là, envahissant un pays, massacrant des civils en leur sommeil, puis cela se passera en toute impunité, puisque ceux à l’origine du malheur se réuniront de nouveau face à la même carte pour cesser ce qu’ils appellent « les hostilités ». Et le monde continuera de respirer comme il le fait depuis des millions d’années.

Qui parlera pour les ensevelis, le écorchés, les pendus, les jetés dans les fosses communes?
Le militaires en feront un paquet ficelé, abstrait, sur lequel ils inscriront le mot « Martyrs ». Et puis on oubliera. Forcément.
La poésie se contentera d’être là, pour être dite comme une prière, dans le silence, dans le recueillement du deuil.

Incommensurable est notre besoin de dire, même si nos paroles, emportées par le vent, iront buter contre les montagnes jusqu’à la perte du sens, jusqu’à faire des trous dans la roches et faire bouger le pierres lourdes de l’insomnie.

Tahar Ben Jelloun, préface de « La Remontée des cendres », Juin 1991

Some people turn sad awfully young. No special reason, it seems, but they seem almost to be born that way. They bruise easier, tire faster, cry quicker, remember longer and, as I say, get sadder younger than anyone else in the world. I know, for I’m one of them.

Ray Bradbury 

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